Histoire

"Corbie, sous les rois mérovingiens, est un vaste domaine royal.

Entre 657 et 661, la reine Bathilde, veuve de Clovis II, qui assure la régence pendant la minorité de son fils Clotaire III, y fait venir de Luxeuil (Haute-Saône) des moines colombaniens qui entreprennent de mettre en valeur les terres et forêts.

Le monastère ainsi fondé adopte vite la règle de saint Benoît et devient à l'époque caroligienne un des plus actifs foyers de la civilisation européenne et de l'expansion chrétienne.

Sous la conduite d'Adhalard, puis de son frère Wala, tous deux cousins de Charlemagne, l'abbaye royale connaît au IXe s. un développement extraordinaire :
Quelque trois cents moines assurent la célébration d'un office ininterrompu, de jour et de nuit, la Laus perenis.

Tout un peuple d'artisans travaillent pour l'abbaye. Les voyageurs, les pauvres et les malades y sont reçus : chaque jour, on leur distribue cinquante pains. Et pour les besoins du monastère, si on tue annuellement six cents porcs, soixante sont pour l'hôpital.

L'abbaye est riche : ses biens, souvent convoités par les seigneurs voisins, s'étendent en Flandre et jusqu'en Alsace.

Pour faciliter le commerce avec l'Orient, le roi accorde un port sur la Méditerrannée : Fos, près de Marseille, et pour la traversée du royaume, il exempte de tous droits de péage les transports à destination de Corbie.

C'est à cette époque de prospérité que se réalise un projet formé par Charlemagne. Corbie envoie une colonie de ses moines fonder en Saxe, sur les bords de Wéser, la "nouvelle Corbie" : Corvey, un monastère qu'il faudra entretenir pendant de longues années, jusqu'au moment où la Communauté Saxonne pourra se suffire et étendre son influence sur toute l'Allemagne du nord et au-delà.

Saint Anschaire partira de Corvey pour évangéliser les Pays Scandinaves.

Dans le même temps, grande est l'activité intellectuelle de l'Ecole Monastique. Saint Paschase-Radbert écrit le premier traité de la théologie de l'Eucharistie. Le travail appliqué des copistes, l'art des miniaturistes enrichissent la bibliothèque en précieux manuscrits. Ils sont les créateurs de la célèbre "minuscule caroline", ces caractères d'imprimerie maintenant universellement connus, qui pourraient fort justement être appelés "écriture de Corbie".

Et comme, autour de l'abbaye, la population s'accroît et que le commerce prospère, les comtes-abbés, successeurs d'Adhalard, devront fortifier la ville et dresser des ouvrages de défense pour résister aux invasions normandes d'abord, et pour parer ensuite aux dangers des luttes féodales.

Corbie sera l'une des premières cités à obtenir ses libertés communales, et au temps de Philippe-Auguste, ses chevaliers et ses hommes d'armes prendront une part glorieuse à la bataille de Bouvines, en 1214, sauvant le roi, un moment cerné par les troupes ennemies.

Aux siècles suivants, Corbie restera longtemps ville-frontière importante. Sa prise par les Espagnols en 1636 causera à Paris la plus vive émotion. Le roi Louis XIII et Richelieu enverront une armée de quarante mille hommes et feront d'immenses travaux d'encerclement pour reprendre enfin la place forte aux Espagnols en novembre. Dans l'histoire nationale, 1636 reste l' "Année de Corbie".

A ce qui suffirait à illustrer une ville, Corbie ajoute sa belle gloire : être la patrie de sainte Colette. On conserve le souvenir de sa maison natale (Chapelle de la rue Faidherbe), et de ses quatre années de réclusion volontaire, 1402-1406, au chevet de l'église Saint-Etienne. (Chapelle des religieuses franciscaines.)"


Extrait du livret : "L'Abbatiale St Pierre de Corbie" édité en 1968 par les presses de Printex.
Texte du curé-doyen André Verfaillie.


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